ciaccone en ré mineur

27/01/2023 fortuite résistance

Une ciaccone

et le souffle du bois embarque
engourdi se cherche
ré fa la timoré
le la surtout
perdu là dans la suite d’une double croche si lente
qu’il lui faut prendre consistance

Quelques mesures encore
peu de certitude
insistance répétition
triple-croche croche pointée double croche
croche pointée double croche
et les doigts progressivement s’affranchissent de la main

Triple-croche croche pointée double croche
et la main s’abandonne au regard
dénoue les amarres
nœud après nœud
se fond dans ce que l’air contient de son
dans ce que le son en son sein
porte d’oreille et d’attente
si proche et déjà si loin de toute perception

Passent les lisières des mondes
les cohortes de spectres
leur visite de fugitif
Quelques mesures et l’insolence enfin
l’ange de Chagall s’affranchit des ombres
des branches des hêtraies guindées de givre
de la source de glace muette
des sépultures de nos ravissements

Une lumière diffuse
quand se développe
depuis un fa majeur ténu
un ruissellement
rupture que l’élan emporte decrescendo crescendo
par-delà bétons épaisseur des portes
gaz prisonnier des vitres
chapes et couvercles
ferrailles et empilements
par-delà la politesse des convives
les siècles de ronds de jambe de poudre
fausse compagnie
trouble le piétinement de générations emmêlées
de cette foule née du désordre
enrouée et hagarde

Et cette foule tête levée vers la crinière invisible
visages se laissant caresser
pavillons mus et délicats
perçoit la légèreté


Âmes blessées se levant des civières
indigents et pétris de résilience
paumes d’un infime appui
dissipant leur regard vide
aussitôt se retirant
entrevoient la fausse piste
le cul de sac
et des maîtres d’œuvre
les incantations
qui dans l’indécence
se noient

une grève que balaie le ressac

13/01/22 mer soluble

Cette voûte de poussière d’eau
côté lumière côté ombre
brume qui s’encrasse de nos souffles d’acides
Voûte d’un monde déroutant de frénésie

Puis le miroir d’Alice
le lapin plongeant
dans l’échancrure

basculant de clair à obscur
déposé entre sol et grisaille
courant pied au plancher
et ce puits de lumière que désespérément
il cherche
.


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à bon port

Sept 21 / Bretagne

C’est une bien curieuse langue
celle des paroles sans entrave
Langue qui colle à la couenne
indocile et fidèle
C’est le fleuve de l’enfance
qui après des années d’errance
nous revient à bon port
le rendez-vous qu’on rattrape par le col
et qu’à bouche goulue
on embrasse embrasé
De l’innocence
les tout premiers regards
et la planche blanchie
des appétits naissant
Les retrouvailles de l’âme
au tout début du jour
aux premiers liserés et à l’éblouissement

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bien-fondé et scolopendres

janvier 22 / cycle

On soulève
entre deux ondulations

un pan du rideau
(ombre et lumière)
et se dessine dans le drapé
l’éphémère trace des mots limpides
Puis quelqu’un

quelque part tire le tissu
(lumière ou ombre)
Et dissoute la fulgurance


Ça lui revient par intervalles
irréguliers sans préavis
pleine face
De ces retours qui font la démarche confuse
peinant à éclairer

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