c’est au pouls qu’on reconnait la vie

27/11/21 friday in Paris

Finit par s’user
ce qui de nos mécontentements
en absence de discernement
se frotte aux pavés

L’œil rougi de chaque détour
Gorge sèche
Au savoureux qu’on espère
à son bord embarqué
l’enchevêtrement d’une époque

On voudrait
de ces reports qui s’accumulent
cesser de s’alarmer


On voudrait rendre si subtile
la trace
affiner le soupir
et laisser tel le papillon
la pensée sans dépôt
Juste
Justement
Mais la fragrance dissoute
Reviennent nos circonstances
les causes les effets

(Alors on entend trop fort
les poubelles s’exprimant
A la fin on n’entend plus qu’elles)


Des négligences de l’esprit
craindrait-on le pire


(Alors on répond dans le vide
S’user la voix

vainement)

De ce qui racle
on ramasse les lambeaux
La peine perdue

Fouille ce qui frémit
et alimente la veine
C’est au pouls qu’on reconnaît la vie

28/11/21 saturday in Paris

ouvrages (2)

22/11/21 au soir rendu

De mes mains à la lumière
seul le dos
la peau burinée des maladresses meurtri
La paume jamais ne s’expose
Elle fait corps avec l’ouvrage
et de l’ombre sa vitalité

De cette existence de main
il y aurait matière
et les articulations des phalanges
en écriraient la partition
A l’usure des tendons
ce serait justice rendue
tant du disgracieux des ongles salis
on se détourne
et vers la tête on se rassure

Vois-tu
Au mouvement qui de l’œuvre
ôte les mains et dévoile
nous cherchons la lumière
L’ouvrage s’expose et se dissèque
pauvre objet soumis à notre science de l’esprit
et nous déshabillés d’un geste
consentant
dans le regard du passant
enfouissant l’alchimie et cachant les misères
cherchons l’éclat du miroir

Novembre s’enveloppe à la brume
De cette existence de main
meurtrissures et illuminations
illusion et trompe l’œil
du mystérieux touche à tout
de ses doigts errants
s’invite la mémoire

ouvrages

21/11/21 au soir rendu

Que pourrait au soir rendu
le poseur de strophes
quand les doigts harassés
l’ouvrier des journées
sur la patère dépose
sa veste de chantier
en vrac au linge du lendemain
ce qu’il use au labeur

Qui sommes-nous
qui derrière les paroles choisies
délibèrent et libèrent
sinon de l’ordinaire des traducteurs
salopette élimée
qui à l’œil offrons
l’impossible et le possible
qu’on découpe et assemble

Tu vois
novembre déroule
et je traverse les jours
le corps témoin de ces années qui s’ajoutent
et de ta demeure
je persiste à l’ouvrage
je cogne appuie perse visse soulève
même si l’outil pèse plus lourd maintenant


Quand le couchant pose mon congé
A la lune qui courbe mon retour
la beauté dans le geste
toute poésie dans le souffle qui bâtit





la mesure de ce qui s’échappe

C’est à l’heure primaire
que les brumes remontent jusqu’à nous

Saurions-nous prendre la mesure de ce qui s’échappe
si nous n’allions au devant

J’ai remisé aux heures sans urgence
ce qu’un dimanche sans attente
on s’obligerait

Si nous ni prêtions attention
les derniers restes de mai
aux rafales de novembre
de dépit
nous délaisseraient tout à fait
et je connais ces jours de vide
quand les occasions qu’on a manqué
ouvrent grand la porte des regrets

Et je connais ces jours de vide
pour lesquels feront l’affaire
les urgences remisées

nous avions convenu du bonheur (2)

06/11/2021 résistance

 A l’indicible rien ne nous prédispose

Nous avions convenu du bonheur


mais
peut-être avions nous-négligé
à la frange du visible
l’italique des alinéas

Des fauves la voracité

Le dénuement à présent
S’échappant jusqu’aux cimes
brisants qui entrecroisent le couchant
et au travers le mystère d’une lueur s’éparpillant

Aux charmilles la résistance flamboyante
et aux sous-bois qu’ont déserté les derniers papillons
le lit froissé d’un sol
par les vents métissé

Alors à l’issue des jours
pressentis et sensés
les pas s’enfonceraient ici
loin des plaines des origines

Aux fétides des haleines
la langue tanguerait
tenterait la réplique
puis tout à fait
s’éteindrait



Des récitatifs enjambent la paresse du fleuve
Insistance des leçons
où les veilles sans but finissent par dévorer les yeux
Qu’en savions-nous
qui caressions alors l’illusion de pouvoir
et dégustions sans savoirs

les offrandes terrestres


Je plongerais mes poings serrés
au coeur du mull, du moder et le mor
Je m’aventurerais dans la tourbe et l’anmoor.

J’éviterais les caresses des fauves
embrassant tant
qu’on en devine les crocs

Les leçons profitent à ceux qui brillent
La morale aux chœurs se grime
trompant son monde

et malheurs aux vaincus


Je puiserais dans nos âges
ce qui enfoui aux vigueurs d’hivers
des racines subsiste

Chênes de Silésie
Saule du Douro
Vieux érables de l’Atlas ou de Mauricie
Hêtres de l’Euphrate
Tilleuls d’Oulan Bator
Bouleaux de Trissuli


Retrouvant les fragments épars
à l’infiniment petit
mes poings se dénoueraient
doigts à l’abandon

Sous mes lèvres au froid gercées
ma parole de nouveau se délierait
caressant d’un langage d’humain
les blessures de l’âme

Sept 21 / les mystères

nous avions convenu du bonheur

03/11/2021 fin de partie au jardin

Au mordoré des ailes
les papillons d’automne

L’orée du bois se ferait hospitalière
Je m’abandonnerais

D’une agilité  que je croyais défunte
j’épouserais les graciles arabesques
Puis enivré
Puis épuisé
sur l’humus déposé
je ferais de toute velléité
deuil honorable

Puis enivré
Puis épuisé
au confort des bactéries
à la mousse aux champignons
au humeurs de décomposition
à l’obsédante odeur de la terre
j’offrirais mon corps étendu

Le silence

Des feuilles mortes rendues au sol
seul le toucher délicat et sec

Yeux perdus dans l’azur
bienheureux je m’y abreuverais
trait d’union entre sol et cieux
Je laisserais au temps
du faire et du défaire
sur les songes qui obsèdent
toute liberté d’agir


Mais voici que s’éparpille l’illusion
Au couvert
une caresse de l’air qui se fait autre
Un soupçon de rumeur malsaine
qu’étouffe le lointain
Puis les mots leur espace dans le temps
Puis les mots
leur fréquence s’accélérant

Mais voici que reviennent d’étranges flocons saumâtres
Pluie de glaise sur le sol s’abattant
Terre entière
sous la violence des coups
s’assourdissant


Et des profondeurs les rages qui écument
la confusion qui des esprits s’empare

Le souffle glacial des mots

Nous avions convenu du bonheur
Nous avions cadenassé les caves malodorantes
Au pied des lits d’enfants
installé des attrape-cauchemar
Les leçons se récitaient en classe
chœurs de la République
D’une loi le respect
les bourreaux ne reviendraient plus
Jamais
Les leçons se récitaient sur les frontons
les monuments aux morts
Chœurs naïfs de la république

Nous avions convenus du bonheur



 

à contrario

16/10/21 Chartreuse

A contrario les vents terrestres
Indociles



Pour réensemencer la saison
j’ai pris à rebours la rouille
m’éveillant aux pentes
qui d’octobre
précocement
ombrent ma demeure

C’était le matin
avancé


Dévorant les heures fraiches
trop de lignes anthracite
sous la vitre écrites
Trop de suppositions
terreurs qui imprègnent nos usages



Pour réensemencer la saison
au poli de la roche
j’ai étiré la limite de mes pas

Une fois la crête franchie
j’ai déposé au cocon d’une terre accueillante
la saveur d’une chance
la lueur d’un fanal
la réponse aux impératifs



ouest 10 (fin)

Oct 21/ Chantiers de l’Atlantique

Mille excuses
de l’issue
nous dérobent

J’interroge les traces
qu’en ordre dispersé
le couchant
de l’arrière dépose sur l’asphalte
Dès lors quitter une voie expresse
et d’instinct côtoyer le fleuve
qui d’un juvénile lit
aux méandres
vers l’orient s’évapore

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ouest 9

08/10/21 Pointe de l’Herbaudière

Ainsi le levant
chevauchant d’autres talus
absorbe l’obscurité
Tous tons qui se ravivent
d’un soupir t’entraînent
Et de l’ouest déjà
à la lisière d’une négligence
l’inéluctable qu’on pressent

Toujours le goémon
qui s’attache au possible

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ouest 8

Sept 21 / Après Brignogan

Et de raison
à l’origine de l’ouest
tu serais revenu

Comme une arche qui s’ouvrirait au large
l’entrevue d’une vitre ouverte
Au ciel se découpant
assagie assoupie
des errants magnifiques
la silhouette
Au fond barrant la mer
d’un anthracite sans faille
la jetée
la tresse liée à la rouille
et au jour
l’ancre reposant

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