bref retour 19

17/08/2022 les lignes de flottaison


(rappel)
Parce que le temps déroule
et on dit tant
qu’on en oublie
Parce que se pencher sur
oblige à l’instant
(Bref retour
)

***
Le dénuement à présent
s’échappant jusqu’aux cimes
brisants qui entrecroisent le couchant
et au travers le mystère d’une lueur s’éparpillant
***

Oh éteindre dans les lèvres
tant de paroles de circonstance
qu’on habille comme pour fête
par une telle élégance
engoncées
Oh éteindre dans d’autres lèvres
l’outrage fait au langage
des phrases sans fondement
leur vulgarité crasse
***
Tout revêt un semblant de chamade
D’un entredeux indolent
les nuées hésitent entre abandon et assouvissement
et d’une éclaircie qui insiste
le portail s’ouvre
aux errances singulières

à l’heure du linge qu’on décroche

15/08/2022 soir serein

Te voici retourné à l’ombre des escarpements
cueilleur d’épines et de murmures
Aux buissons désertés
recueilli
(vaches et veaux ont pris leurs quartiers au-dessus
te laissant tout loisir
de visiter les espaces de pâture)
Un chemin de griffures
et au bout inespéré
ce qu’il faut d’excitation des papilles
Les nuées désertent sangles et ressauts
(roches et terres étendues
aux chaleurs du jour
du grand essorage en ont terminé)
C’est l’heure du contre-jour
où nez levé vers le liseré
se décroche le linge séché
C’est l’heure des souvenirs naissants qu’ils empilent dans leur coffre
les citadins s’en retournant
Voici venus les instants suspendus
Sursis qu’on étire
savourant de demeurer ici
à mi-chemin entre bas et haut

Cueilleur d’épines et de mûres
précocement mûres
dans une déclinaison de lenteur
dérisoire rendement de la tâche
prémisse des confitures de si peu

Voici le moment des bocaux revenus à la lumière
de la cuisine ruche
des éclats d’une voix rendue
par la saveur promise
alerte

Pendant ce temps
elle
d’une journée éclose emplie
rend de sa main juvénile
d’un cœur dans le sol tracé
à la vacuité
toute grâce triomphante




sous l’épaisseur du ciel retombant

14/08/2022 rentrer le linge

Il me faut à l’insolite déposer l’attention
Longtemps l’éclatant sur la désolation
et les yeux d’usage plissés
Tant de jours de manque ou d’excessif
Tant de jours sans ce bruit sur la tôle
et du radieux une chape qu’à force
résigné on accompagne
la somnolence qu’on repousse d’un geste de la main
quand on voudrait sur la ligne poursuivre


Il faut à l’insolite déposer attention
C’est dès l’aurore une ombre ténue
une nuée de bleu obscure
D’ici mon regard fouille la rouille de l’enclos
(promesses de mai au sec résolues
fin des haricots et courgettes en sursis)
trace le fouillis des feuillages
fruitiers à l’embonpoint bonhomme
oasis de répit
et la terre en dessous déshabillée
avide et tendue

Une ombre ténue
Le bleu noircit envahit et oblige
L’ampoule incongrue du matin
éclaire un jour en fuite
La terre de cet orangé
sous l’épaisseur du ciel retombant
à peine se désaltère
gorgeant d’une étrange lueur
refouloir de tout ce soleil enfoui
l’air jusqu’à l’enroulement des cieux
là où les cimes de brumes se recouvrent

Puis une sourde vibration
un écho encore retenu
et sur le soupir d’aise
cette intranquillité qui à la pente
résiste


bref retour 18

31/07/2022 ermitages

Parce que le temps déroule
et on dit tant
qu’on en oublie
Parce que se pencher sur
oblige à l’instant
(Bref retour
)

***
Pour dissuader les ombres du tableau
tu m’entretiendrais des saisons qui s’égarent
du parfum de l’aurore qu’on croise midi passé
Tu me déploierais les sortilèges
de ceux qu’enfant par les yeux grands ouverts
on avalait
la main abandonnée
dans la chaleur d’une confiance sans faille
***
Entendre dans un souffle
les graves des vêpres de Serguei
ou les premières mesures du violoncelle de Mstislav
ensorcellement ou démesure
et soleils de l’Est
qu’il faudra bien se résoudre
à prendre à rebours
quand la folie détruit si parfaite harmonie
et qu’on n’ose
dans les yeux
affronter les fantômes
qui hantent nos palais
***
Nous on supposait
ce qu’au-delà des grillages
entre les résidus d’innocence
la démesure exhibait
Et de ce qu’on supposait
les pieds piétinaient le cerveau
la pensée tournait bourrique

On comptait les canots de sauvetage
et au cordeau l’avenir des cages de luxe
On revenait aux canots
au naufrage d’une civilisation
ses rives agonisant

de cette atmosphère, l’effondrement qu’on pressent

02/08/2022 rencontre

Qui sommes-nous
quand se délitent les lianes qui nous maintiennent
quand s’échappent d’un esprit
de part en part percé
les mémoires et l’ordonnance du temps

Qui sommes-nous
la tête dodelinant
paupières insouciantes
chutant sans prévenir
Les jours succombent à l’absence
ombres évanescentes surgies et englouties
Des jours ressurgissent d’anciennes psalmodies
raccommodées pour l’occasion
et tu t’étonnes alors de l’anachronique lueur

Tu la visites
cette mère qui embrasse le rais de lumière
cerise qui s’infiltre sous la glycine
Imageries chaque fois renouvelées
forçant l’extase
d’une chimère prenant corps

Rien
des modes d’emplois ne lui livre plus l’accès au monde
et d’ici elle ne perçoit
ni les rapaces
sur nos misères et notre soumission voraces
profiteurs de la pire espèce
qu’un langage abscons et indécent protège
ni les accents circonflexes
et les bouches en cul de poule
quand de nos horizons
s’embrase toute logique
(oh incendiaires sirupeux
moralistes à la solde de)

Ainsi cheminent-ils
lui le fils guettant l’incertitude
elle la mère interrogeant la fuite
et de cette atmosphère
l’effondrement qu’on pressent

Peut-être dans ces longs silences
l’envisage t-elle
à pas feutrés s’approchant
et dans l’œil qui s’éclaire alors
tutoie ce vide qui l’enveloppe
craintive et résolue

Lui
du mystère
garde une distance prudente

numéros s’affichant indésirables

08/08/2022 mon oeil !

Tu dénoues sur la toile
les mots d’instants phosphorescents
Halos qu’on effleure ou qu’on tisse
reliefs que la dialectique accommode
telles des gourmandises
prises entre deux satiétés

Des dérives de l’Ancre
des traverses yeux ouverts
des haltes brèves
il faut bien laisser traces penses-tu
(Tu bâtis leur demeure ligne après ligne
aucune clôture aucune sonnette
L’âme des lieux y suffit)

Au passage souriront-ils
les complices de l’envol
ceux qu’au seuil généreusement on salue
ceux dont on savoure les cadeaux
à l’entrée déposés

Au passage saisiront-ils le sens
ceux-ci qui t’entendront
à leur encontre marmonner
(Peut-être qu’à la pointe d’un regard
là où tu fouilles la mémoire et les failles
au dialogue entretenu avec leur ombre
confus s’écarteront-il)

(Tu bâtis une demeure)

Car voici que se frottent aux murs
quelques chats minaudant
des marchands de sornettes
vendeurs de salsepareille
d’élixirs à deux sous
diffuseurs de conseils
à la survie de l’âme
impérieux
gourous auto-déclarés
trafiquants d’influences
Numéros s’affichant indésirables
tripotant à peine les onglets
aimant à toute volée
petits rapaces du net
piaillant et virevoltant
(clic clic clic)

Tu lessives le seuil
nettoies les graffitis
Du cours des mots aimés
des tiens des autres
reprends en toute simplicité
le fil
et tu te dis que tout cela n’est
de toute manière
pas très important



sur des traverses jusque là ignorées

01/08/2022 grands glaciers de Vanoise

Voici ce qui est et ne sera plus
Voici ce qui résiste à l’effacement
quand de ce qui fut
subsiste la roche pétrifiée lissée

Voici l’insensée saison
toute de confusion
de rousseur et d’éclatant mêlés

De constance ton cheminement
répète d’anciens passages
Explorateur de terres mille fois explorées
de tes répétitions tu t’écartes alors
laissant aux masses minérales
le soin de t’accoucher un peu plus chaque jour
sur des traverses jusque là ignorées

Sur la terre desséchée
ta trace nette imprimée
puis un jour son effacement

Tu ne puises plus dans la suffocation
la reconnaissance des lieux et de toi-même
De concert la lassitude des cimes
et l’usure des glaces
t’étreignent
S’installe le temps du recueillement
et de la discrétion

là où les roches de tout semblant dépouillent

01/08/2022 sortilège

J’écris sur le pouce du roc
le fil du vertige
entre les lames des schistes
J’écris l’élan que prend à l’air qu’on étreint
toute existence en devenir
Fille papillon qui sait de l’éphémère
la puissance des songes
Ceux qu’on convoque à chaque retour d’en bas

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