Accueil » itinérances » s’enrouler dans le creux du Gardon

s’enrouler dans le creux du Gardon

22/05/2022 Vallée française

Nous serions ce que les terres âpres
d’un Sud discret et reculé
font des existences
(des ermites ordinaires)

Au drapé d’une toile ancienne
dessinée d’ombre et de lumière
d’oliviers de châtaigniers de pins de chênes nains
nous aimerions dans cette fausse solitude
l’instant que choisit la piste
pour s’enrouler dans le creux d’un Gardon
les pierres sombres que dévore la valériane
Pour couvert la vigne vierge la glycine
un ombrage doux et intense
et l’éclat du soleil déposé
sur l’onde à l’infini réfracté
sur le lisse des galets
les plis d’une turquoise
A peine le bruit d’un frisson


Aux nobles bâtisses accrochées aux bas-flancs
un âge révolu
(les mûriers ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes)
volets ouverts dimanches et jours de fête
sur le pourpre éclatant des rosiers grimpants
et le privilège de citadins nantis

Ailleurs
îlots éparpillés
La décrépitude des façades pour signe de fortune
communautés d’humains qu’agrège l’isolement
carrosses des princes déchus qu’érodent les millénaires
une survie chimérique et des verres pleins sur la terrasse
le verbe souple à l’improviste offert comme gourmandise

Puis
sous la voûte d’un antique pont de pierres
verrait-on le dormeur de Rimbaud* étendu
De l’arc
une ombre parfaite et linéaire
J’aimerais à croire au souffle régulier
(le bouton de rose posé là)
à la belle à son flanc assoupie
qu’aux misérables guerres
toute vanité soit échue
seul un souffle de félicité
et que nous serions
de l’inéluctable
dépouillés

*Lire « le dormeur du val »
poème d’Arthur Rimbaud auquel se texte fait référence.

8 réflexions sur “s’enrouler dans le creux du Gardon

    • Merci pour votre lecture. J’ai écrit en bord de Gardon ce qu’on ressent quand le tableau du paysage correspond à ce qu’on attend exactement, sans avoir le poème du « dormeur en tête ». Inconsciemment, il s’est installé la.

      Aimé par 1 personne

    • Je n’y ai pas pensé, ayant oublié ce poème. La j’avais en tête les gens ordinaires et perdus, châtelains en leur masure et pilotes de tacots hors d’âge. Merci Bruno pour la lecture et la référence.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s