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les mots vagabonds (3)

septembre 2012 et 2014 / asphalte

J’entends les mots qu’ils prononcent
quand à l’heure précoce
ils racontent le monde
Chaque lever cette rumeur du dehors
l’uniforme des formules
l’obsession à force de répétition
Et ce vocabulaire et le phrasé m’enveloppent
occupant du binaire l’espace de la pensée
Dans l’esprit les actes qui emprisonnent
Dans l’esprit la paresse empoisonne


Et je reste l’ours libertaire
les outils à la main
réparant à l’étain
les fuites de mon cerveau
A peine l’étincelle pour allumer la flamme
Attrapant à la volée des vers passagers
ceux qui à peine conçus
ne demandent rien
aussitôt s’évaporent

Je languissais alors les routes d’après la pluie
D’une clémence un ciel qui se libère
Sur le détrempé de l’asphalte je plissais les paupières
flaques et miroir et par-dessus
en lévitation

le corps

A opposer
que me restera t-il quand mes paroles
tel un mauvais ciment
s’effriteront
Se tarira la source fugitive du singulier
Ne s’inviteront plus à l’intérieur des yeux
dans cette zone imprécise entre cortex et lumière
Ces mots dont on ignore encore l’existence
rejetons du néant et de l’insistance
qui font identité


A la lecture des sillons
mon regard enfin
par-delà le raisonnable
s’éloignait
saisissant d’un soleil au déclin
des rayons voraces

Sur le labour
l’éphémère d’une ombre
un sienne profond
Au voisinage des tiges coupées raz
en suspension
les poussières d’une moisson

Mes mains sont de mauvaises boxeuses
et du corps à corps la hargne m’a déserté
Mes pieds de battre tant le pavé
au final ont battu le pavé
De dialoguer avec mes chimères
mes chimères ont vécu
J’ai pansé dans mes flancs la béance des brèches
du servile savouré en secret les revers
Mais sur les places nettes les airs de faux culs
celles des vainqueurs prélats prêchi-prêchant
marchant sur la dignité d’un peuple
qui réclamait son dû

Fugaces îlots de lueurs
pêle-mêle les tons résistent
hospices des heures indociles
L’agencement de quelques fruitiers
leur  feuillage m’offrant répit

le confort d’une pause
L’avancée exacte d’un pan de toit
le pisé d’une bâtisse
L’espace qui s’ouvre sur le vallon

Au songe je m’abandonnai


A opposer
je puiserai l’inclinaison du corps qui désarçonne
le grain et la survie
l’œil fixé sur le labeur
et l’insignifiance des gestes
J’irai sur l’adret j’irai sur l’ubac
détromper mon regard
révéler le désir qui faillit
Dans la solitude de l’ouvrier
son langage incertain
égaré entre deux lisières
j’offrirai mon dos vouté et mes genoux au sol
bâtissant au jour le jour
pour abri aux mots vagabonds
une demeure résistante

Il y a âme qui vive
Le coude appuyé sur la fenêtre ouverte
entraine alors le visage tout entier
qui gardant la distance
dans un sourire qu’il contient
exprime par delà toute sympathie
un questionnement muet
un questionnement réciproque
auquel il faudra
malgré l’heure avancée
et pour l’un et pour l’autre
apporter des réponses

avril 2021 / rénovation

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