aliénation/désaliénation

Bon. Le texte qui suit devait paraitre comme édito pour Radio Grésivaudan ce jour. Un curieux téléscopage repousse sa parution dans une semaine et il aura déjà perdu quelque pertinence. Donc…

C’est connu, fulminer nuit gravement à la santé, mais tant pis.  Car, quittant mon ermitage pour parcourir le vaste monde,  deux évènements  me firent prendre conscience de la vraie vie d’où la raison de ce texte incisif en pleine période d’angélisme festif.

Je fus récemment, à la faveur d’une grève enseignante, au petit matin, pris en otage par TF1. Vous avez bien lu, ne cherchez pas l’erreur. J’avais pour mission de veiller sur la sérénité de la progéniture de ma progéniture, en ce début de journée de colère populaire le privant d’école.
L’ambiance de la maisonnée  était empli de la magie de Noël : la liste au père Noël, le traineau et les rennes, les guirlandes lumineuses, le sapin,  gingle bell, alléluia et le tutti quanti. Lire la suite

Répétition

Passé le clair obscur des aurores
s’agaçaient les journées que le miel déserte
La torpeur peinait à faire sa mue
Des dorures l’alentour s’était dévêtu
et j’allais le verbe en berne
sur les sentes à l’identique
les yeux à l’abandon

A l’impromptu d’une piste
d’ordinaire parsemée de petits cailloux blancs
apparut tendu en son milieu
le fil du funambule

A la brume qui s’éparpille
lorsque s’échauffe l’ombre
au tranchant de l’inopiné
j’offris ce matin là
mon âme à l’insistance
quand tout recommencement
sitôt la boucle refermée
se donne à l’évidence

Des derviches
je crus posséder
dans la grâce d’une courbe offerte du ciel
à l’estompe des lanternes
l’ample et le tangent

La succession des jours
me fut témoin des fausses notes
crissement de craie qui agace l’épiderme
tord l’envol

Et de l’enfance je renouai avec l’éveil
au balbutiement du pied tâtant l’inconnue
l’adversité du sol
Je renonçai à l’aisance d’une méridienne câline
et renouvelais les gammes
pour d’une caresse infime
d’un bref instant
effleurer encore l’essentiel

Labyrinthe

L’incertitude d’un ciel hors d’haleine
encombrait les marches d’escalier
Des arbres qui se dépouillent
genoux au sol
je retournais pavé après pavé
guettais dans l’humus l’usure des passages répétés

Arabesques graciles
danseuses de petite vertu
papillons odorifères
jouaient les malices et donnaient  la piste pour perdue

Faisant fi des digressions
des sourires entendus et des j’aime de circonstances
Je suivais aveuglément la lisière de hêtres
fondant ma mélancolie
à celle des troncs au cordeau
main à tâtons sur l’écorce

Levant au ciel les yeux
au chassé croisé des branches
je devinais
quand la chorégraphie des entrelacs
dessine les vitraux
un indice infime où percevoir l’erreur
l’enchainement des formules vaines
leur cheminement vers l’impasse

fragments d' »espaces de liberté » (2005)

Veilles

Sur les prés l’insistance des averses
Aux vapeurs de novembre
quand le ciel se dégage
fleurait un parfum tenu d’amertume

En ces temps
Cent mille bouches exhalaient l’impatience
On retrouvait dans les gouttes de silence
ses perles en suspension sous l’élancé des branches

Dans les salles d’attente
cent mille rêves mis en bouteille
chacun sans pareil aux autres
et subsistait à présent la crainte du naufrage

De l’intrépidité des soies
passerelles qu’à l’ombre des géants
par dessus les précipices
deux cent autres mille mains tressaient
chacun redoutait l’inconsistance

Lire la suite