Dehors le gras du vent

Dehors
Le gras du vent
Colmate les flocons
Et les pupilles s’abreuvent du tourment

Aux heures opulentes
J’octroie une halte

Qui s’étire

Je fouille au-delà des carreaux
Sur l’horizontal des grains
La froide sérénité des pentes
Désaltérant ma pensée

La musette remplie
J’enfonce mes pas
Dans le réconfort de l’abri
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Poussières suspendues

Le choc des titans
Accouchait d’une misère
Les dos voûtés
Les peines insolubles
Ils erraient sur vos allées de marbre
La langue troglodyte
Les murmures soumis
Percevant le vide
Entre deux apnées

Ailleurs
Les pétales du ciel
Embaument les recoins
Des aubes qui s’embrasent
Ventres offerts
A la chaleur naissante

Impavides
Sur le lustre
Les prélats aux joues creuses
Soufflent leurs entrailles
Sur les braises mourantes
Déambulant
Menton rentré
Missel haut
Égrenant l’obscur
Sous les mâchoires serrées
Les regards autoritaires

Se souvenir
De la lenteur du fleuve
Des pistes de hasard
Des arbres kaléidoscope
Aux troncs mauves et noueux
Des pistils enivrants
Dérobés en musarde
Des paroles telles les sources

La glotte nerveusement
Ravalant le silence
La pensée recroquevillée
Tapie
Auscultant l’ombre de la genèse
Rembobine l’indicible

Les semelles
Un matin
Terrassèrent le premier rayon
La langue du sensible
L’Étrangère
Et nous
Incrédules

Alors les poussières
Suspendues et irradiées
Luisantes par l’oblique du matin
Prirent le gris des cendres

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Ode pour un stylo neuf

Nous n’avancions plus
Happés par le midi blafard
Les yeux sans l’étincelle
Les paroles dissoutes
Léchant nos larmes absentes
Toutes sidérations confondues
Sans un souffle d’air
Pour éveiller la raison

Je cherchais les correspondances
Des trains en partance
Sur les horaires délavés
D’avoir trop servi
Ou l’oubli au fond des poches
Et les aiguilles de la Grande Horloge
Se brouillaient entre elles
Confondant les temps passés et le présent
Mes semelles de battre le pavé
S’étaient chargées d’enclumes
Que les fous
Avaient semé
Au cœur de nos hivers
Sous les fenêtres
Où enfants
Ils appelaient en vain
Le secours de leur père

Une fois l’encre tarie
La dérision devenue dérisoire
Dissipées les vapeurs
Des rires forcés
Et l’ombre des statues de sels
Fondue par la première averse
Les langues polymorphes
De leurs soubresauts
Trahiront le sens
Sans vergogne ni doute
Et les mots de fumée
Occuperont l’espace
Les lacets désunis
Nous déambulerons
Jambes balbutiantes
Les doigts se rassurant
Au contact des murs
Dans les rues débaptisées.

Dans un frémissement
Je sens
Tes doigts fermement
Écrivent
Entre mes phalanges ouvertes

Les liens des camarades
Gravent sur l’asphalte vieilli
Des déclarations universelles
Et invisibles

Affleurent alors
Les minutes pleines et précises
Des proximités singulières
Des regards appuyés
Des commencements
Des mots en suspens
Repris au vol
Et la phrase sans clôture

Je fredonne la mélodie
Enfantine et retrouvée

Au kiosque
J’achète des feuilles blanches

Un stylo neuf

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Charlie: et maintenant!

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En être arrivé là.
Cette ligne sensible, entre l’humanité et la barbarie, franchie.
Pitoyable échec d’une société : échec éducatif, échec social, échec moral.
Et maintenant…
Sommes-nous suffisamment fort pour que la spirale infecte ne s’enclenche. La violence appelle la violence ? Le clivant dissout ce qui unit ?
L’Etat policier ? Ou l’Etat fédérateur et coopératif ?

En être arrivé là.
Cribler de balle les caricatures.
La violence. L’au-delà de l’humain.
Faut-il que l’on taise à coup de kalachnikov, les voix qui s’élèvent d’un trait précis et virulent, pour que l’on explique sur toutes les ondes que l’excès des caricaturistes, c’est pour rire. Un peu comme quand on jouait à la guerre dans les caves avec des pistolets à eau et qu’on en rajoutait.
Vous entendez ! Vous que les laveurs de cerveau ont transformé en bête de somme du combat à balles réelles. Pour rire ! Pour prendre de la distance avec l’insupportable, et regarder son impuissance avec détachement.
Rire des excès de tous poils. Cet acte salvateur qui reste la seule issue quand la rage rend malade. Cet acte qui ne tue pas, mais qui sauve. Au contraire !
Je me souviens.
Fin des années 70, mes idéaux d’un monde juste et émancipé se heurtaient au dérisoire des cours que l’école normale d’instituteur proposait alors. Ma « carrière artistique » a commencé là, en croquant l’ubuesque des situations, me procurant alors une très locale célébrité, dans un monde nourri de Charlie, d’Hara Kiri, des dessins de Reiser et consorts. Mes maîtres. Le grand Duduche inspirant mon personnage récurant au jean retroussé, les mains dans les poches. Jusqu’aux grandes grèves de 95, défiant le droit de réserve de rigueur dans notre profession, j’ai croqué avec excès, pour les potes, pour un journal syndical, l’inacceptable d’un système éducatif pétri de rigidités et de faux semblants, …laissant sur le carreau des pans entiers de notre société. Manque de moyens, manque de tout… En 1990, nous disions : si nous ne mettons pas les moyens pour transformer l’école en profondeur, nous laisserons la barbarie occuper le terrain. Nous pensions aux banlieues à la limite de la rupture. En être là.
En rire malgré tout. En rire jaune, de dépit.
Comme Cabut, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré,……..

Le hasard. Je lis en ce moment le très bon livre de Lydie Salveyre « Pas pleurer », qui ausculte la raison humaine dans les déchainements de tous bords pendant la guerre d’Espagne. Les massacres pour faire taire.
L’impasse totale. Pas de salut collectif sans l’échange, la discussion, la bienveillance et ceci quelque soit nos convictions. Jamais nous ne nous tairons. Inutile de nous tuer.
Et maintenant.
Deux défis gigantesques.
Face à l’intolérance, continuer à mailler le pays d’une vie coopérative, associative et participative.
Pour l’Etat, réinvestir les territoires abandonnés socialement, économiquement, éducativement.
Et faire un gigantesque doigt d’honneur à la rigueur et aux dictats financiers.

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JM.F