En chemin, la fin

« Amarrages »

Déjà les sensations se diluent dans le présent. Une réalisation imprégnée de cette lente érosion du souvenir. Amarrages des destins des passagers du monde dont nous faisons partie. Murs derrière lesquels nous fixons nos vies, un temps, au gré des emplois que nous occupons.

« Où serons-nous » fut la toute première réalisation, dans le balbutiement de la technique. Prologue ou épilogue, c’est selon.  Départ et retour ne seraient-ils pas indissociables dans l’intime pensée ? Autrement dit, d’un voyage, un jour nous rentrons, et l’ultime instant s’insinue dans l’inconscient de notre périple.

Longer l’Océan , en chemin

Trois mois à longer les mers dérivées de l’Océan, à l’Ouest, du Nord au Sud. En immersion itinérante. Ce qui va suivre n’est pas un reportage. Ce n’est ni un film qui narre par le menu nos aventures, Ni un objet vraiment palpable. Un ensemble de méditations, où la pensée s’absente. J’ai essayé, au travers de clips courts, , d’écrire à l’aide d’un logiciel professionnel, à partir des photos et vidéo prises, des écrits, de reconstruire la magie poétique du voyage au long court. Cet état de flottement qui nous rend disponible aux interstices du monde. Les lieux sont indistincts, comme ils le sont aujourd’hui dans notre esprit. La chronologie est sens dessus dessous. Juste se laisser porter. Deux autres suivront en janvier. (Pour ne pas les manquer, le plus simple est de s’inscrire à la newsletter.)

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Sept variations autour d’une gestuelle à peine visible

Le travail de l’année 2013 autour des « corps transparents » explore notre gestuelle intime au coeur des mouvements d’ensemble du monde qui nous entoure.
Ce qu’on préserve en soi, ce qu’on dévoile, ce qui tisse notre démarche hésitante, portée au regard des autres.
J’ai longuement hésité avant de présenter les extraits de cette lente macération.
Je la livre ici sous forme d’un ensemble de variations que l’on peut lire dans le désordre.
Depuis cette date, je n’ai pas retouché aux pinceaux. Plus tard, qui sait.

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1ère variation

Exister
Seulement

Tu refoules le pâle reflet
Derrière le voile
Une estompe complaisante
Des mailles translucides
L’effacement si proche

S’arracher de l’étreinte
La lente érosion de la volonté

Savoir la flamme qui peine
Dénouer  encore la grâce
Le talent
La lueur
Cette jeune folie
Dans l’aveuglement
Qui  soulevait la chape
Dans l’imprévu de la pensée

Mais les mots
Autrefois expectorés avec rage et  puissance
En jets sur les faces impavides
S’étiolent de lassitude
Parler un autre langage
Les accents gommés
Ces effets
Les silences s’incrustent dans la langue
La mesure plie la démesure

Et t’effleurer alors
Un bruissement discret et dénudé
Fugitif et déjà en retrait

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2ème variation

Éteindre le feu du flanc
La souffrance à l’éveil
Imperturbable
Des liens
Toutes plaintes courbées
Dans l’exil et la hâte renouvelés
A chaque germination

Et cette narration intime
Effrayante des gènes
Distille ces braises
Chaque printemps nouveau
Oh espère l’accalmie
La pause méritée
Laisser souffler le vent
Bruler le soleil
Sans faire le moindre geste
Pourquoi sans même crier gare
Retrouver impromptue
Toute grimaçante
Cette peine qui n’est tienne
Dans le discours puissant
Des maîtres
Qui ordonnent nos chemins

Aux murs invisibles
Abandonner les coups
Et de cette inepte résistance
Ne plus rien posséder qui vaille
Plus le moindre souffle

Se relever
Prenant garde
Retrouver l’essence
Des tous premiers gestes
L’infime touche de couleur
Et les larmes taries

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3ème variation

Des nouvelles du front
Il  t’aurait fallu donner

Mais toujours
Prendre un peu d’avance
Laisser du temps aux chiens
Pour reprendre souffle
Mais la pluie
Drue
L’oreille prêtée
La ténébreuse intensité des cuivres
La quatrième symphonie
Enfouir alors la tête dans le vide
Attendre la marée
L’effacement des traces
Oublier de compter
Enfin
Puiser l’instinct
Mais la berceuse égarée
Dès l’entame
Et la suite dans les limbes
La violence du volet
Un claquement brutal
Au vent
Toujours l’obstacle
Infranchissable
Battre en retraite
En rire
Il t’aurait fallu
Parfaire la dérision
Mais les bas fonds des pensées
Leur révolte muette
Refuser les mains autoritaires
Cette grandeur toujours
Les modèles encombrants
Et le geste brouillé

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4ème variation

Remettre alors le manteau du triste
Fouiller à tâtons dans les poches
L’étincelle du lointain
Tu t’éloignes
Te vois autre
Traduit ta langue personnelle
Te dévisages
Incrédule et surpris

Une boule froissée seulement
Des gribouillis enfantins
Délavés
A l’usage
Boutonner l’habit
Le froid
Laissé à l’écart
Prendre  un peu de clair
Retrouver l’avant de l’usage
Et entre les lignes
Comprendre
Mais les doigts tâtent d’autres lisses
S’égarent au faible
Evitent
Et tu perds à nouveau le sens initial
Le col encore relevé
La bouche recouverte
Les épaules hautes
Le froid
Entré tout de même

Le mur encore
Et les doigts qui ne sortent plus
Maintenant
Au fond
Déformant le tissu
Tu  te vois
Et tes mots t’ignorent toujours
Etouffés par l’épaisseur
Tu  murmures
Garde- les au chaud
Quelle importance
Encore une fois l’épaule qui heurte
Le rugueux
De tes pas hésitants
Et tes désirs contenus
Dans tes poings enfermés
Qui pèsent

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5ème variation

Les ordres claquent au souffle des repentirs
La main désobéît
Plonge dans  l’ignoré

Où est cette perche
Méticuleusement taillée
Qui rassure la démarche
Donne toute certitude
Au pas qui vient

Des chiffons au bout des doigts
Usés de s’être frotté au rude
Des façades lugubres
Et les regards qui se détournent
De n’en comprendre mot

Ce vaisseau flamboyant
Haut et fort
De l’autre côté de la vitre
Vu en songe

Pieds et poings entravés
Au vide

Les bourrasques soulèvent
Invisibles
Le docile et déposé là
Rien ne filtre au-dedans
La rade ensablée

L’attente
Du clin d’œil des femmes
Leur voyage sans amarres
De passage
Le soyeux du désir

L’anesthésie
Des sentiments
Les bras salis
De frotter la brume déposée
Sur le froid du verre

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6ème variation

Les pas bordent le lit des frustrations
Les silences des héroïques blancheurs
Dans le désert
Des regards fixes
Tu revendiques sans frein
Chaque minute de ta vie

Ni l’ouïe ni la vue ni l’odorat
Pour lire ces ondes complexes

Tu puises alors dans l’instant
Réveillant l’étincelle vitale
L’originel de tes actes
Mais chaque matin entraine à sa suite
L’écheveau des gestes inutiles
Et les cartes illisibles
Dans le sens contraire

Chaque pression sur les fils invisibles
Enfouis l’or de tes mains

Dans cette bataille
Tu  craches au visage des intrus
Voyant derrière chaque face
L’exterminateur avide
Oh cauchemar éreintants
Des courses folles
Contre le destin
Souillant le repos
Cerne des réveils difficiles
Poursuivant les filaments
A  l’aveugle

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7ème variation

Partout le regard s’accroche à une ancre
Déposée au hasard
Tant  d’ancres
Et ne sait laquelle
La fuite éperdue
Loin de cette minuscule carrée
Des brumes
L’herbe qui n’a pas poussé
Les pluies sans la lumière
Noé aurait connu
L’arche minuscule à l’étage
L’inexorable repli
Abrite
Toute  macération
Hermaphrodite stérile
Ta gestation imperceptible
Pour les jours meilleurs
Les illusions défuntes
Juste la subsistance des sens

Et tu cherches dans les rouilles
Des amarres vieillies
Des indices du premier cri
Qui rompt
Toute innocence alors
Toute l’innocence d’alors
Et de ces minutieuses fouilles
Nos traces
Dans la terre
L’eau  retirée maintenant
Cette géométrie dans l’espace
Juste alors
Un ersatz de sens
Apaisé

les places telles un espace en mouvement, la campagne telle un agencement savant

Juste capter l’espace
Son occupation humaine
D’un côté une mouvance perceptible
De l’autre une fixité presque intemporelle
Et l’absence du soleil
Un hiver qui flâne…
Même en Toscane

Cahots Espaces Chaos

C’est un travail résolument tourné vers l’équilibre des couleurs et des lumières. Rien d’autre que l’émotion provoquée par cela..
J’ai peint ces toiles  d’octobre 2010 à mars 2012.
Les cahots du monde dans lequel nous vivons
Pour peu que nous y soyons sensibles
Bousculent la palette des couleurs, l’équilibre des formes,
Nos  reconstructions mentales.

Ce seront mes dernières peintures exposées.

Un balcon en Automne: réalisation d’une peinture murale de 9m sur 3.

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Peinte durant l’automne 2008, d’après une création réalisée en 2005, cette grande peinture aux couleurs vives qui pourrait représenter le plateau des Petites Roches en Automne, se trouve en haut du grand escalier de pierre du Château de Montalieu à Saint Vincent de Mercuze.

Elle clôt une période figurative et expressive, durant laquelle je représentais les paysages de façon onirique, amplifiant les contrastes et jouant des transparences entre les formes, à la façon d’un vitrail.

Cette peinture m’a été demandée par François Savigny, propriétaire du château. Elle se situe au coeur d’un système d’escalier et de rampe en bois de toute beauté.

fresque-balcon en automne

http://www.chateau-montalieu.com/fr