qu’il vous plaise ou non, la rue est et sera

31/01/2023 la rue est et sera (Grenoble)

(Pour l’occasion je reposte « vivante est la rumeur », texte post Covid qui s’il n’est pas de saison, reste d’actualité.)

Du bitume j’irai voir
les âmes qui repoussent
à toute suspension la renaissance
la folle allure retrouvée
et la lumière qui frappe les façades
quand vivante est la rumeur

Nous en étions restés
aux peaux qui au secret des murs
se désolaient de ne pouvoir vibrer
Au métal si bas baissé
que l’œuvre laissait au temps
de quoi s’insatisfaire

Nous en étions restés aux vitres sur le vide
quand les parvis font lettre morte
Tant de lamentations et de charme rompu
De tout cela qu’en dira le futur
quand les jours obligeront au travail de mémoire

Fleur de bitume
vivace des rues qui s’éveillent
voici venue pour toi l’heure des innocents
aux jambes et aux épaules
qui du poids se délivrent
aux grains de beauté
aux lisières de pâleur
aux chevilles déliées
quand le pas enfin
d’une chaloupe ose

mi-lune mi-soleil

30/01/2023 dix-neuf degrés celcius

L’opacité de l’air estompe la caresse
mi-lune mi-soleil
quel est cet astre alors
Les brumes intenses et froides de l’hiver véritable
laissent dans la paupière qui force l’espérance
un vide
un rendez-vous qu’on reporte sans cesse
D’une mer qui ne se retire plus
tu perds le fil du jour
à lécher la peau rude de l’air

Tu brûles tant et plus
les cendres que décembre a épargnées

Et au décor si bien rangé
chaque chose à l’attente répondant
tu oublies les résolutions crachées au sol
croix de fer
lorsque le bât blessait
(héros de la planète
héros de papier mâché)
Tu lisses les soieries
Tout à la jouissance
le lendemain
révolue
tu te défausses
encore quelques instants


Pelisses de misère
glaces blêmes de l’été
bourgeons de novembre
abasourdis et suffocant
nous résolus et suppliant

fléchant la route du Sud aux piafs déboussolés

Mi-lune mi-soleil

Sur tous les méridiens l’heure universelle
et la torpeur dévore les banderoles
les prises de paroles
La mer enfin se retire
redessine au charbon
les cicatrices humaines

ciaccone en ré mineur

27/01/2023 fortuite résistance

Une ciaccone

et le souffle du bois embarque
engourdi se cherche
ré fa la timoré
le la surtout
perdu là dans la suite d’une double croche si lente
qu’il lui faut prendre consistance

Quelques mesures encore
peu de certitude
insistance répétition
triple-croche croche pointée double croche
croche pointée double croche
et les doigts progressivement s’affranchissent de la main

Triple-croche croche pointée double croche
et la main s’abandonne au regard
dénoue les amarres
nœud après nœud
se fond dans ce que l’air contient de son
dans ce que le son en son sein
porte d’oreille et d’attente
si proche et déjà si loin de toute perception

Passent les lisières des mondes
les cohortes de spectres
leur visite de fugitif
Quelques mesures et l’insolence enfin
l’ange de Chagall s’affranchit des ombres
des branches des hêtraies guindées de givre
de la source de glace muette
des sépultures de nos ravissements

Une lumière diffuse
quand se développe
depuis un fa majeur ténu
un ruissellement
rupture que l’élan emporte decrescendo crescendo
par-delà bétons épaisseur des portes
gaz prisonnier des vitres
chapes et couvercles
ferrailles et empilements
par-delà la politesse des convives
les siècles de ronds de jambe de poudre
fausse compagnie
trouble le piétinement de générations emmêlées
de cette foule née du désordre
enrouée et hagarde

Et cette foule tête levée vers la crinière invisible
visages se laissant caresser
pavillons mus et délicats
perçoit la légèreté


Âmes blessées se levant des civières
indigents et pétris de résilience
paumes d’un infime appui
dissipant leur regard vide
aussitôt se retirant
entrevoient la fausse piste
le cul de sac
et des maîtres d’œuvre
les incantations
qui dans l’indécence
se noient

bref retour 26

26/01/2023 la source tue

Il faudrait mettre à l’abri
beurre et confiture
Il faudrait
au prix de l’essentiel
prendre soin
considérer l’avenir
Il faudrait
surtout

***

On vieillit sais-tu
à un carrefour entre générations
Ici on enclenche les gestes de la branche
qui nourrit ses bourgeons
Puisse t-on faire circuler la sève
avant toute sècheresse
os rouillés
corps fourbus
esprit malicieux et hagard

On vieillit sais-tu
au travers des gouttes
sur le fil qui tient les chimères ultimes

***

Je me suis fait d’arrière-saison
de zéphyrs maladifs
de pétioles et de gaines
qui à la branche s’accrochent
et je supplie la divine providence

***

Il est un bras de chaque côté
un instant séparé du monde
et impossible de s’attacher à
ce qui entre les yeux libère

une grève que balaie le ressac

13/01/22 mer soluble

Cette voûte de poussière d’eau
côté lumière côté ombre
brume qui s’encrasse de nos souffles d’acides
Voûte d’un monde déroutant de frénésie

Puis le miroir d’Alice
le lapin plongeant
dans l’échancrure

basculant de clair à obscur
déposé entre sol et grisaille
courant pied au plancher
et ce puits de lumière que désespérément
il cherche
.


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