j’ai pris pour exil le lit d’une rivière

25/05/2022 la roche illustrée


J’ai pris pour exil une zone de confort
le lit d’une rivière et la roche illustrée
hospice de chênes noueux et nains
fous qui prennent racines où d’autres s’enfuiraient
fous qui dégueulent tête en bas
leur touffeur vers le cours
y laisse leur semence
dériver vers le large

Sur le roc aux orbites aux naseaux aux nez de trolls
mon regard immobile
au moindre détail attentif à mes résidus de gosse
traçant dans le calcaire
une éphémère légende

Voici qu’une fois de plus à l’arrière des grandes voiles
étendues désertes et de brume dissoutes
au pli d’une discrétion
(faux me diras -tu car ta trace ici laissée)
je me retranche et retarde l’instant
Il est des torsions des sens qui résistent aux marées
des enthousiasmes défunts au deuil inabouti
et des brûlures qu’on sait mémorielles
Tant de rochers hissés à l’équilibre
et de formules qu’on crut fondamentales
de dérisoires arithmétiques humaines
pour mettre son linge au sec

Coulent les douleurs
larmes d’amertume
Routes qu’il n’est plus nécessaire d’emprunter

Aux causes que d’impuissance chronique
je laisse en jachère
excusez ma lâcheté
Que d’autres
aux équinoxes aux vents favorables s’y attellent
pour quelque feu de joie
une lueur au bout du défilé

Alors l’écriture
(point d’interrogation)
Je connais trop le volatile des stances
et l’usage fait de leur publicité
l’énigme et la diagonale
quand les paroles restent des étrangères
les heures si étroites
et les miroirs solides
Si peu du semis et de l’œuvre du vent
si peu du cristal et de la chrysalide
Me reste-t-il du verbe cette capacité
à attiser les rages qui m’élevaient
Des rages me reste-t-il cette capacité à attiser le verbe

s’enrouler dans le creux du Gardon

22/05/2022 Vallée française

Nous serions ce que les terres âpres
d’un Sud discret et reculé
font des existences
(des ermites ordinaires)

Au drapé d’une toile ancienne
dessinée d’ombre et de lumière
d’oliviers de châtaigniers de pins de chênes nains
nous aimerions dans cette fausse solitude
l’instant que choisit la piste
pour s’enrouler dans le creux d’un Gardon
les pierres sombres que dévore la valériane
Pour couvert la vigne vierge la glycine
un ombrage doux et intense
et l’éclat du soleil déposé
sur l’onde à l’infini réfracté
sur le lisse des galets
les plis d’une turquoise
A peine le bruit d’un frisson


Aux nobles bâtisses accrochées aux bas-flancs
un âge révolu
(les mûriers ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes)
volets ouverts dimanches et jours de fête
sur le pourpre éclatant des rosiers grimpants
et le privilège de citadins nantis

Ailleurs
îlots éparpillés
La décrépitude des façades pour signe de fortune
communautés d’humains qu’agrège l’isolement
carrosses des princes déchus qu’érodent les millénaires
une survie chimérique et des verres pleins sur la terrasse
le verbe souple à l’improviste offert comme gourmandise

Puis
sous la voûte d’un antique pont de pierres
verrait-on le dormeur de Rimbaud* étendu
De l’arc
une ombre parfaite et linéaire
J’aimerais à croire au souffle régulier
(le bouton de rose posé là)
à la belle à son flanc assoupie
qu’aux misérables guerres
toute vanité soit échue
seul un souffle de félicité
et que nous serions
de l’inéluctable
dépouillés

*Lire « le dormeur du val »
poème d’Arthur Rimbaud auquel se texte fait référence.

sur le bas côté une aire de quiétude (reprise)

20/05/2022 Vallée française-Cévennes

Sur un bas-côté
entre asphalte et épineux
au singulier de mon langage
tu me reconnaitras
On s’y arrêtera


Ce fut trois points de suspension
congés posés par avance
Un droit respectable


Les mots sitôt prononcés
n’imprimaient ni mémoire
ni incitation à poursuivre

Est-ce ainsi quand inexorablement
s’efface l’existence


Tu m’interrogeras
Au travers des mailles
de l’intime de l’éclat
d’une lueur d’étoile
saurons-nous encore nous émerveiller

Au temps des silences
quand le château de sable s’enduit d’écume
de la sape
on observe l’œuvre
et par avance
on savoure la douceur du reflux

Le corps respire
et du vital garde le souffle infime
Quelque part l’âme s’égare
et du goût de l’enfance
l’âge pétrit la trame

Du précieux on distillera ce qu’on peut sauver
Tant de cailloux pointus sur le chemin
quand les oracles sont cul par-dessus tête
qu’il nous faudra croire pour respirer


Marche diras-tu
Marche petit homme
dans ce que ta pupille dicte
Elle viendra à nous l’aire de quiétude
et on s’y retrouvera

nous avions convenu du bonheur (8)

mars 2020 / Ponti et la distance

Nous en étions restés à l’enfance entravée
cette poursuite d’effluves
et ce qui échappe à l’instant
ces deuils qui affectent


Aux yeux refusant la torpeur
au cœur des nuits chaudes
défilent mes irrévérences et les entorses faites à
et ces forteresses discrètes qu’on façonne d’intuition
quand les lois des puissants à toute soumission obligent
Et de ces murs l’usante résistance
lorsque passant
d’incorrigibles mandarins
ôtant vite les doigts de peur de se brûler
posent la paume sur l’œil pour en cacher l’abscons

Je trace de mémoire
dans le noir
du passé
les improbables contours
et des espérances la sente herbeuse et rude

J’ai été longtemps sais-tu de ceux qu’on croit maître
quand serviteur suffit
(n’est pas noble la tâche qu’on imagine)
Quand savant le regard
et avide l’esprit
l’enfance épanouit des terres qui à tout ministère
échappent
(futilité des semences sans connaissance)

A peine un gouvernail pour des yeux grands ouverts
les attentes sans limites
étais-je câbleur mécanicien standardiste ou secrétaire
sonneur et facteur correcteur et chef d’orchestre
moi-même enfant émerveillé peut-être
Eux s’inventaient
arpentaient l’univers
étonnés bâtissant à leur tour de bancales citadelles
Et déjà le vertige de l’impossible quête
êtres sans défense de force alignés
sur les bancs de l’État

Triste République qui engendre silence ou insolence
et des fauves
sans distinction autre que le mérite
façonne à leur image
notre destinée

Et déjà les ans
et les deuils qui affectent

sous la voûte d’un Titien

16/05/2022 bataille céleste

Mai
sous la voûte d’un Titien
avance les arguments d’une bataille céleste
si proche insaisissable pourtant
Rien ni dans les chants des mésanges
ni dans les ramages du frêne majestueux
ne trouble des nuées l’exubérance soudaine
Elle capte et dispose de l’espace
De l’oracle
j’attends l’averse divine qui jamais ne viendra
Ces choses là ne s’entendent
qu’au travers d’une mécanique
de masses en mouvement
l’équilibre des forces
et une mathématique que je ne comprends pas
qui égare ma pensée

Égrenant l’oisiveté d’une heure en transit
je veille des ersatz de sommeil
et savoure l’accompli
Une rumeur croissante
L’insistance
est-ce ainsi l’avion pour Cuba Marrakech ou Sofia
Lima ou Tombouctou
tous ces vols remisés au comptoir
de mes fantasmes de géométrie humaine
qu’emporte dans son élan un mirage assassin
Je bouche mes oreilles
et regarde Titien

S’en aller à présent
se détacher d’un sol qu’on chérit
et à sa guise le laisser prospérer
Dans le biais d’un regard
retrouver ailleurs la source même des fluides
et réchauffer mon âme au souffle d’autres terres


poésie ventriloque

15/05/2022 lune ascendante

Lui faudra t-il un matin éteindre ce double siamois
et au sort imposé aux instants se soumettre
lui un soi-disant poète
sinon poète ventriloque
Déjà Tu se relèves et l’interroge
Tu qui avec des ascendances des descendances
jongle
et dans le désordre
sarcle et sème
(sol d’enfouis enfin réchauffés au mai qui s’enivre)
et sarcle et sème de la lune quelque désordre
quand aux crêtes aux eaux se séparant
longuement Je s’échappe
(quelque désordre et la langue s’enfourche)

écrire semer sarcler et s’évaporer
lire marmonner aimer et s’évaporer

offrir et se tarir
et au monde qui déroule l’improbable issue
tenir rigueur
et du monde quand même
se tenir à présent

sous un rai de lumière
tapi

écrire semer sarcler



Qui est ce Je à Tu s’adressant
et ce Tu qui le regarde sans comprendre les lèvres
obligé
des paroles l’esclave
Si peu de durée dans la minute
qu’entre eux deux s’écartèle la constance
Un jeu pour ne pas regarder les mots droit dans les yeux
et au travers des murs parcourir la perspective
Seuls eux deux les yeux dans les yeux
(Je Tu)
Un jeu

Et au monde qui déroule
demander crédit
offrir des délais aux secondes
de l’amour à l’amour
un répit au désespoir

des lueurs

Aux tourments de l’âme
jouer à Tu et à Je

11/05/2022 au travers des murs

comme une ligne de partage des eaux

12/05/2022 Mazan l’Abbaye

Est-ce le vent de Sud qui des yeux
dépouille tout consentement
et apporte sur les lèvres des formules les remords
Où est-ce ces roches de volcans désagrégés
bordant les croupes d’horizon
épées de justice qui au hasard des forces telluriques
tranchent et des eaux énoncent la source et l’embouchure
(Tout flux déterminé et l’impossible recommencement )

Lire la suite