forcément 9

18/01/22 Hautes combes

Du bonheur
si peu d’évidence

Au souffle et à la flamme
tu alimentes des journées
les pleins qui permettront les creux
Aux nids de poule aux bâtons en travers
de discrets pieds de nez
en guise de récrimination
(ou l’inverse dit-on)
Ton corps toujours d’attaque
pour encore quelques lustres
narguer l’effondrement
tenir à distance l’enroulement
et la coquille à double tour close

Te voici aux combes revenu
Tu nous avais laissé aux brumes
enveloppant les pas
quand la torpeur couvait
des plaies à peine refermées

Au lever
la face joviale des nuits noueuses
a salué les premiers rayons
Un franc soleil balaie maintenant les courbes
qu’une timide neige lisse à nouveau
Les choses ont  donc tant changé
ou est-ce l’onde portée
qui t’offre telle parure
Serait-ce le tâtonnement de la semelle
qu’aux saisons d’un an
par usage on répète
sans en chercher raison
qui ce jour rend aisée la vision
et aérienne la démarche

Toi qui fait du doute ton compagnon
Forcément penses-tu

Qu’importe
Ce peu suffira au bonheur du jour


des cimes, le désordre (reprise allégée 2021)

16/01/22 Lauzière

Nous vivons des jours de préceptes
De mes privilèges
entre précédents et avenants
entre contrainte et incertain
j’interroge le libre cours

Viennent les heures
de cavales à flanc d’Alpe
combes nourricières
aérien des crêtes
happées par appétence
telle une soupe l’indigent


Petites fugues
de gingembre et piment doux parfumées
qu’à l’entre deux du restrictif
avec précaution
de la providence
au déroulé je m’absorbe

De nos gourmandises
le frivole de nos impatiences
la mémoire se dérobera t’elle
dans l’exponentiel de nos folies

Si l’affolement des astres
ne vient à évaporer notre temps
qu’en raconteront les enfants de nos enfants

Dérisoire opercule
d’un ordre planétaire
à marche forcée
Ou bien du paroxysme
l’amorce d’une chute

Impérative semence de pensées
quand le pas s’allège de la charge
L’obstination d’une marche
pour exutoire
et dans le désordre des cimes
au rationnel d’une relecture millénaire
tout paradoxe bu

je me rassure

forcément 8

2019 / hier les crêtes

Au duvet du matin
entre entrelacs et aléatoire
les branches offertes à l’espace
Le ciel se refusant à une autre clarté
tu absorbes les pâleurs sans nuance
essaimant des yeux
les poussières de sommeil

Hier les crêtes t’ont déployé les ailes
et tu gardes au cœur des fibres
bonheur d’y avoir touché le ciel
et fatigue des heures de maraude

Forcément les ans retiennent les élans
et plus souvent que voulu
tu regardes d’ici replis et audaces des rocs
A trop frotter son souffle aux sirènes
on ne sentirait plus de l’ivresse le goût
et il est à portée
des odeurs subtiles
qui méritent l’attention

Au rayon qui brave les nuées
marquant sur la veinure du châtaignier
le jour qui s’installe
des mots simples s’empilent
De ceux qui ne rebuteront pas
passé la deuxième ligne
quand de la brume du poème
s’insurge le lecteur
au seuil déposé et n’osant plus frapper
Forcément
ce que raconte l’âme intrigue le visiteur
et du dialecte si peu d’indices

La page s’effaçant
et la voix qu’on entend
les traces dans la neige
et la voix au bout s’élevant

Juste se faire léger pour ne pas s’enfoncer trop
Venez

forcément 7

09/01/22 qui du chien ou de l’homme promène qui

Aux caprices des saisons
tu dénoues tes os d’une douleur tue
L’an succède à l’an
et se répètent à l’identique
les gestes sans dorure
qu’on fait sans y penser
Les mues
en lisière abandonnées
et aux illusions le couvert des braises

Sur les lignes des pavements
d’une pirouette encore
tu esquives la marche des rayons
Au carreau t’évapores

Sur l’ubac tes traces recouvertes
la piste qu’on devine
Sous la gangue
sur le fil les pinces oubliées
retenant tes émois

Un ciel que plombe les corbeaux
leur vol grossier et carnassier
et la piste qu’on dénoue
Sur le fil
tu ôtes l’insensé de tes rimes
Au vol des corbeaux
les croassements scélérats
la dignité des faibles piétinée
ton flanc pour tout mépris
et tes mots sous le couvert des braises

Ne les regarde pas
ces vautours-là
leurs yeux cerclés de fin et d’ors
qui d’un tel artifice
empêche qu’on sonde
de leur âme
le fond sombre et sinistre

Leur bouche disserte sous le couvert
couvrant de fientes le silence et la grâce
Vois la piste souillée
Forcément tu baisses l’échine
Ton flanc tanné
Esquisses des coups reçus

Et dans la combe maintenant désertée
répond l’écho d’une rumeur

Aux caniveaux
la morgue et la souillure
Viendra le diluvien
qui lavera nos flancs
Sur l’asphalte la brillance retrouvée
et des mots

la puissance originelle

09/01/22 décor ou réalité




Forcément (2) /reprise à l’identique

nov 2020 / lisière

Le jour s’enlise entre ubac et adret
d’ordinaire l’épaisseur des nuées
A contenir l’heure
on s’attarde sur le liseré
Forcement entre chien et loup on s’égare
On sait dans le vide de l’attente
qu’un matin similaire
clés en main on a lâché l’affaire
Du deuil des illusions d’autres feront ripaille
tant pis ou tant mieux

Et sur la veine du bois
à présent voyager léger
Forcément on voit alors ce que supposent les fous

On écoute
Aux mots l’enclos du tissu
On prête oreille
L’écho sur les miroirs
Tête-à-queue tout en douceur
où d’impudeur se siffle entre les dents
un soupçon de malice
On écoute
Interprètes ou faux devins
L’imposture ou la sincérité
à quel saint nous vouer

Patienter encore
Forcément passent les saisons
L’esprit tâtonne
aux gens dénude les lèvres
d’un regard leur fait l’aumône
et du souffle du silence se contente

imperceptible, son envol

Oct 2021 / entre Abers et Brignogan

Je te vois paupières abaissées
de profil l’assoupi
et peut-être dois-je alors faire silence
patienter
Le temps pour l’esprit
ici-bas de revenir

Du siècle presqu’abouti
l’insignifiant et l’infime
Des instants
si peu de réminiscence
quand du regard
une flamme d’innocence
dérobe le passé
l’hésitation
aux points de suspension
oblige

Entre tes murs un repaire mouvant
des corridors secrets et des chausses-trappes
Au crépuscule
tu effleures les portes d’entrée
d’un interstice supposes la lueur
et puis t’absentes

Un siècle ou moins quelle importance
Ne plus tenter d’en appréhender les contours
Par bribes remontant à la surface
ce qui surgit s’étiole
et bienheureuse tu t’en contentes

Et au souffle qui manque
tu t’absentes à nouveau

Oh correspondances si brèves
Courir dans les couloirs devient dérisoire effort

Je sais le train passé
et du récit
les blancs
Au parloir les absents

pour remplacer ce qui déjà manquait
il n’y a plus d’abonné

Poursuivras-tu jusqu’au siècle abouti
Aux failles de l’existence
te faudra t-il
donner aux heures consistance
quand pour une millième fois
aux jeux du vent
à la sérénade des feuilles
tu offriras ta pensée



aux lendemains de farandole

sept 21/ farandole

De perles de rosée au petit jour
de morceaux d’arc en ciel
en douces dérobades
j’habillerai le moindre de mes gestes

Aux lendemains
de farandole tracés
je trinquerai haut et fort
l’éclat de rire aux cieux
pour que toujours
le port reste fier

Dans mes traits qui se crispent
se nichera la puissance des bras de fer
quand le verbe résister se conjugue à tous les temps
La conscience dans les paroles chevillée
Et dans mes yeux
une flamme
maintenue en vie
pour le sourire des gosses

Du bout du doigt
tu parcours le sillon des ans
Effleurant
dans le courbe des vertèbres
la sueur des nuits

Te souviens-tu des silences
pesant sur la table du repas
entre carafe d’eau et pain qu’on tranche
et l’éclat des rêves
qui de tes jeunes lèvres déborde
la chaise se renversant
et la porte qui claque

Sur les passerelles
les étoiles filantes
se poursuivent inlassablement



au dévers d’une saison, nous avançons ainsi, titubant

24/12/21 augure du chaos

D’un mirage qui emballe l’émoi
l’oranger aux volutes
se décline
caressant l’échine et l’élancé
toutes blancheurs dans l’ombre se confondant
Nous en reviendrons crédules
repus et satisfaits
Passé l’aube
sur la veine du chataigner
le plat de nos paumes offert abandonné
et aux hauteurs l’éperdu d’un regard

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bref retour 15


Sais-tu
Il est des nouveau-nés aux yeux immenses
On peut y ressentir l’afflux d’une grande marée
les forces telluriques que conte si bien Homère
ou de Brunehilde l’ultime du Crépuscule
Dans l’intense du premier regard
la promesse des initiés
tant à explorer
tant à interpréter

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