porte de toute illusion

25/09/22 aux halages la ville se dévoile

Au halage s’enveloppe toute velléité
et le canal de linéaire nous absorbe
sous des clairs-obscurs repus
pensée effilochée

La ville de grisaille
s’effeuille l’air de rien
couches béton couches moelle
pavés de tôle peinture tapageuse
jardinets d’amour
cendres des clandestinités
(la chasse et l’effacement)
et les grues
la rocade
Pavés de tôle jardinet artère hésitante
frémissante et le fracas qui brutalement envahit
Façades des installés ou de décrépitude
pavés barres maisonnettes
barres maisonnettes belles demeures
la Ville se superpose
couches tendres couches dures

Les princes s’endorment dans les allées secrètes
loin des relents d’herbe abandonnée
et des parkings discount

La ville rose soudain
rayonne du couchant
la Garonne se fait Gange et la brique souveraine
Voici son coeur à vif palpitant et gai
au fleuve se dévoilant libre et audacieux
(et Nougaro qui trouble mes accents)

La nuit rouge
les louveteaux
sortant leur silhouette
en meute s’apostrophent
Les pas sur le pavé souffle court
langue encapuchonnée
troublent la réthorique

A suivre les miroirs
on navigue
Dans tout espace pareillement
femmeshommes
à la même enseigne destinés
A suivre toutes eaux
rivières et canaux latéraux
Sarre Somme Saône Loire Garonne Bourgogne
et ces discrets aux noms de limbes
on file la veine et le sang
et partout les quartiers de misère
les volets clôs
le vent sur les terrains vagues occupés
les marques de fabriques et les promos du mois
et au coeur
des façades d’Hausmann
la nique faite à l’ivresse d’un navire insoumis
qui sur le canal au port te ramène
reflets de brume et de toison

et au bout
porte de toute illusion
l’écluse

d’un linéaire si peu porteur d’éloge

22/09/2022

Quand du monde nous aurons par les yeux
exploré toutes les failles
tout ce que recèlent de secret
les mille vallées
les mille promontoires
aurons nous encore un soupçon de vue
pour désirer

Quelles ombres
entre les éclats de ciel
poursuivent-ils ainsi
au commencement du jour nouveau
et ainsi jour après jour
Ni plus
ni moins
Ni plus ni moins
qu’une altération
et la composante lumineuse
qui éclaire le tableau
Ni ombre ni lumière
la ligne au sol
d’asphalte tracée entre les vastes terres
au bout l’amarre le gîte
quiétude ou inquiétude d’un port provisoire
et entre ceci et nous
les visibles et invisibles

Alors
traverserons-nous d’un souffle
ces troncs dressés de peine
les brûlures des grains
et ce mauvais roux qui suinte des blessures
l’évaporation des mirages
un linéaire
si peu porteur d’éloge
l’humanité glissant de chair à transparence
quand  de toute réalité
les oreilles n’agrippent que des bribes
des franc-parler coupés court
des mains qui s’accrochent â la terre
et en montre les traces

Nous nous relierons aux germes à l’instinct
aux résidus prégnant
pour fouiller les raisons des présences
et de la nôtre aussi
Dans ce transport
déchiffrer la langue des frêles et des particuliers
laver l’affront fait aux veilleurs
et continuer de vivre
entre ombres et lumières

pour que perdure le goût de l’épice

14/09/22 le goût de l’épice

S’échappant des ventres opaques et rebondis
les chaînons fléchissant
Reste de leurs flancs une esquisse
versée sur l’Atlantique
au ressac se déposant
Entrailles du sol ici ressurgissant
chaos d’une ultime bataille
d’un sursaut des ténèbres
mis à nu

L’ Atlantique
Plus rien sinon
sur l’étendue de sable
l’humanité grouillante de langueur
ne retarde la rupture
ne s’oppose à l’issue

Un volte-face furtif tel un repentir
pour s’humecter un instant
du chemin parcouru
sa substance physique
vers ce qui déjà s’enfouit
et qu’on voudrait hurler
pour que perdure le goût de l’épice
pour que perdure le goût de l’épique

L’Océan mirage de nouveau
à peine de la promenade
en habits d’Océan
Toute sorte de bleus inertes

Dans la dentelle des sentiments
pourrons-nous épeler la fierté
sans faire résonner les cuivres
et de toute subtilité
anéantir l’âme

Gestes accomplis d’une chevauchée
que les lois de la Providence autorisent
Dans le grand charivari
des ombres et des lumières
quelles paroles quelle importance

Qu’en écrire
quand pudeur et vanité
tressent de concert des mots arc-boutant
Dans l’intimité de sourires entendus
déposer aux marées
contenu et charge d’un trésor impalpable
vaporiser les essences de toute félicité
savourer
trinquer
et vider d’un bon cru une bouteille entière

Puis interroger
de la piste
ce qu’il convient de vivre
ensuite

Le voyage continue, toujours en vélo camping.
Se remettre un peu des efforts pyrénéens et rouler vers le nord, à l’écart des incendies, en direction de la Dordogne.

les ailes des rapaces croisent notre destinée

16/09/22 vers Larrau

Aux marées
embruns d’équinoxe
vers l’Ouest infiniment
nous prendrons du chemin la mesure
Demain un jour autre
l’étale l’océan et en bord la vague
se jetant encore et encore

Remiser la vision
l’euphorie
dans une poche dérobée
comme gourmandise qui à feu doux mijote
Sais-tu
demain fane aujourd’hui
et à l’arrière nous laissons
des noms et des symboles
qui de hâte nous glissent des yeux

Oh ces lectures passées répétées
dessins de géographe
courbes et relief que l’esprit extrapole
Et maintenant en arrière délavées

La route glisse vers l’Ouest
infiniment
ne laissant qu’une mémoire soluble

Le temps des quiétudes est consommé disent-ils
Si nous savourions ce qui demain
inéluctablement s’effacera
chair et os
image par seconde

Vois comme ici la pente
de pics élancés
différemment s’altère
Des courbes qui s’entrecroisent
laissant l’ombre s’évaser
et l’herbe soudain plus vierge
Y paissent libres pottock alezan bai ou noir
gasconnes et mérinos
Les ailes des rapaces croisent notre destinée
s’échappent dans la combe
Des lieux que l’existence déserte
des lieux de résistance
s’énoncent en deux langues
à grands coups d’y de x et de a


La pente une ultime fois
force souffle et regard

Filaments de ciel

13/09/22 après la tourmente

Filaments de ciel
sentiments diffus qui errent le long des schistes
Enchevêtrement d’humeurs
de vents et de brumes
de sables mystérieux
de sirocco
d’airs andalous
portés haut
par delà la ligne des pâtures
du vol des gypaètes et des éclats d’humains
Haute montagne
qui ainsi se voile
Tentures montrant les crocs
au repli nous invitant
Face aux morsures
nous savons d’une lutte le dérisoire
mais nous savons
de cette tourmente l’effet de manche
et nous passons outre

Quand au travers des mots
toutes les larmes de ton esprit
ont fini de se déverser
le torrent tarit
Tu sais de l’audace et de la tension
d’une force le deuil
Devant tes yeux à présent
la sagesse du ruisseau
qui apaise
Alors se lisent de douces chimères
qu’auparavant tu percevais endiablées

Le route
du méandre qu’autorise toute géométrie
plonge maintenant
L’eau court au plus court
d’étincelles en repos

le mythique de l’affaire résiste néanmoins

11/09/2022 juste un passage entre deux

Et nous serions en l’Ovalie
ce pays-ci vibrant des jours d’après messe
poussant comme emmêlé
pour que sur l’herbe sèche
un costaud gars du coin
plaque dans l’en-but le cuir
Pour l’instant
seule murmure d’une production sobre
la place du marché
et le monde s’ébroue de ce silence proche


Nous grimpons
sur les traces des héros survitaminés
aux accolades sur le bitume répétées
Nous grimpons
pédales assistées
(l’âge des artères)
ébouriffant les traces du fantasme
(si un col reste un passage entre deux montagnes
le mythique de l’affaire résiste néanmoins
et emballant le tout
on récite les mélopées du Tour)

Aux dentelles aux cimes l’estompe
une distance routinière
notre modeste salut
qu’on offre aux personnalités locales
celles entrevues et qu’on n’approchera pas
Et l’autre salut modeste
aux Lucien Lucette Gaston Marie du cru
assis jardinant sur les pas de porte
témoins furtifs de notre discret passage
(loin des furies de Juillet)

Pour bouquet final
le poste éructant depuis la cuisine

L’essai validé du trois quart aile
un gamin d’à côté

suite des tribulations cyclopédiques ( voir les post précédents )

nous qui croyions la bonhommie en berne

9 sept 2022 quelque part entre

Il faut faire effraction aux habitudes
et laisser la route diluer les heures dites
Au quatrième matin
déjà le ventre les tripes le foie
dans leur grande toilette
envoient les signaux

Au cinquième les sens lâchent du lest

Et de perspective en perspective
nous glissons dans des habits du fluide
propres comme pour un dimanche
Tiens
nous qui croyions la bonhommie en berne
et les regards fuyants
au débotté nous conversons
de la vie chère des vaches et des truites
d’une curieuse saison et des estivants s’en allant
de l’origine de l’issue
de mécanique cyclopédique
du pays
de l’âge des artères
de l’herbe sèche si sèche
et des bêtes en souffrance
Nous serions trait d’union
par le sillon des voix
entre le pêcheur de sa collection de mouches
fier et sa pause pieds dans l’eau
l’exploitant ténébreux et local
annonçant l’orage et d’un langage sibyllin
nous chassant de sa terre
l’agente d’entretien au congé aspirant
le couple exhubérant dur d’oreille ou bien légèrement émêché

Déjà les routes se haussent
Les corps à l’effort s’aguerrissent
et dans cette géométrie qui affirme
à coup de failles et de corniches
de la terre les grandes mutations
nous nous confondons entre l’instant vécu
et celui à venir

Suite du journal poétique et de bord d’un incertain et actuel voyage cyclo

danseurs puissants aux collines frémissant

7 sept 2022 danseurs avinés

D’un désordre à flanc
la garrigue dense
et ses vagabondages
par l’ouvrage et la sueur
coupés nets
Il y pousse ce sauvage mêlés d’oliviers
de chênes nains
épineux rabougris et une verdure
que seuls peuvent se permettre
les arbustes qui aux chaleurs
depuis toujours résistent
Partout où la pente au soleil s’adoucit
l’ouvrage et la sueur
l’alignement au cordeau
et le sol en ordre de bataille
Pour unique badinage
bras folâtres bras noueux
bras qui du tronc se jouent
danseurs puissants aux collines frémissant
les ceps comme à parade
vêtus d’un vert translucide et franc
de grappes gorgées chargés
Rien ici ne serpente sinon la route
l’eau par la violence de l’été
se fait secrète et soumise
Et les voici les vendangeuses
filles de fortune
filles de crus fragiles et audacieux
filles de rouages et d’acier
automates du futur
et je cherche vainement
dans les rangs
trace de rire et de peine
cette fraternité que distille le grain
Nous roulons sais-tu
dans ces Corbières où l’Homme se fait rare
et ceux qui font l’aumône savent à l’ombre patienter
où le pays de Nord se du seuil se tient à portée

Après « sous les canisses,  » , suite d’un carnet de bord que j’espère long, sur les routes du sud puis du sud-ouest, dans ce nouveau voyage en vélo camping qui vient de démarrer.

à l’ombre des canisses, l’amarre

04/09/2022 la halte chaleureuse

J’entrevois au travers de fraternelles retrouvailles
l’amarre
un instant enroulée et l’ancre
sur le pont d’algues vêtue
Les coupes emplies
qu’on sirote
à l’ombre des canisses lentement
et la conversation reprise là
où autrefois nous la délaissames
Au seuil des intermittences
l’amitié s’est tannée
l’oeil pétillant d’en savoir la suite
d’en savourer la science

J’entrevois ici
la route qui ensuite s’invite
et ce nouveau voyage
tel l’évidence
muri des périples accomplis
J’entrevois ici les possibles et les impossibles
l’aboutissement et l’avortement
des actes qu’on ose
d’un rêve qu’on entreprend
sans autre certitude
que l’avancée du jour
et d’une parenthèse
l’ouverture fertile

S’esquissent
au maigre bagage
au corps sa contribution
les premiers lacets
et encore ensommeillée
la secrète traversée

considérations de treize heures trente-deux sous un ciel d’orage

juin 22 / quelque part vers

Sur cette place que brouille la pierre brûlante
résonne encore toute la vanité des propos
Ceux d’austères costumes
pour
des errances des riches
masquer toute l’iniquité
Oiseaux de misère
croassant la leçon et les lendemains sans joie

Misère encore
oser l’abondance
quand le manque s’invite à table
quand tarissent les sources d’habitude
quand s’enraye la mécanique des profiteurs
la rouerie des sorciers

Ils disent
mes paroles transpirent l’amertume
breloques d’imparfait
lyrisme d’un autre temps

Toi-même d’un revers de manche
essore ce que le jour déverse de saumâtre
peine à voir par-delà la sueur
me dit que je marmonne

Oh qu’elle parait loin notre piste aux étoiles
et les rêves saltimbanques
nos poings levés de conviction
sésames des grandes épopées humaines
De cette distance nous réinventer

(Tu vois je ne peux m’empêcher
Ce lyrisme
et sur la route nos genoux écorchés)

Apprendre ce que le grain donne du fertile
Retrouver l’origine du tracé primitif
les premières paroles du premier cantique
le souffle qui donne naissance
Goûter au sel du premier baiser
à la caresse sur la peau
quand le vent se fait charmeur
Repartir du point qui ouvre
l’alpha et l’oméga de toute destinée

(Ainsi je me répète
Je creuse le sillon)

Et voici s’invitant
au dérisoire d’un jet d’eau
par arrêté préfectoral éteint
une pluie bienfaitrice
et tu m’invites
à prolonger ailleurs
toutes considérations